Nature et soins parentaux : chez les araignées, c’est amor… à mort !
Si l’on ne peut pas à proprement parler d’amour dans le monde des araignées, elles n’en restent pas moins des animaux fascinants à bien des égards, et les comportements maternels ne sont pas en reste ! Et ce, de la ponte sans soins particuliers jusqu’au sacrifice ultime : la matriphagie ! Voici un article extrait du récent numéro de l’Erable consacré aux soins parentaux dans la nature.
Chez la majorité des araignées (à l’exception des mygales), pondre constitue le but ultime de toute une vie de femelle, car bien souvent, après un laps de temps relativement court suivant la ou les pontes, elle meurt épuisée.. Les particularités de ces comportements maternels s’expriment à plusieurs niveaux. Et cela dépend en grande partie de la présence ou non de la femelle à la naissance des petits.
Mes chers petits, vous ne connaîtrez pas votre mère !
À la base, le principe est simple : produire des œufs et les protéger avec une structure plus ou moins complexe. Chez les épeires (Araneidae), le cocon peut abriter plusieurs centaines d'œufs (jusqu’à 1000 !). Prenons l’exemple de l’Argiope frelon (Argiope bruennichi), la ponte a lieu en septembre/début octobre. La femelle élabore alors une mini plateforme circulaire à partir de laquelle elle va construire une petite urne renversée. Elle y insère les œufs puis colmate l’entrée. Elle entoure ensuite l’urne d’une couche de très fins fils de soie pour permettre une isolation thermique parfaite. Pour terminer, elle recouvre le tout d’une couche de soie qui sera lissée par des enzymes digestifs donnant l’ aspect caractéristique d’une petite montgolfière. Les œufs resteront en diapause tout l’hiver et n'écloront qu’au printemps suivant. Il n’est pas rare que certaines espèces produisent des œufs surnuméraires qui serviront de nourriture pour les premiers éclos.
A dada… sur mon dos !
Certaines araignées vont au contraire prendre grand soin de leur descendance, en promenant partout avec elle leur cocon. Cet exemple se retrouve dans nos maisons, dont les femelles Pholcus occupent les coins et recoins. Les Pholques maintiennent par leurs chélicères une vingtaine d'œufs reliés par quelques fils de soie.
On retrouve aussi cette technique dans nos jardins et pelouses, avec les araignées-loups et pisaures. Pour les premières, les œufs sont gardés dans un cocon lenticulaire maintenu au niveau des filières par quelques fils de soie. Lorsque les petits sont sur le point d’éclore, la mère ouvre le cocon avec ses chélicères et les petits montent sur son dos ! Ils profiteront de cette protection quelques jours, puis ils s'émanciperont au fur et à mesure. Chez la Pisaure admirable (Pisaura mirabilis), le cocon est maintenu sous le céphalothorax, saisi par les chélicères et les pédipalpes. Avant l’éclosion, maman pisaure édifie une toile pouponnière en rassemblant des hautes herbes ou brindilles et reconnaissable à un aspect de cloche au sommet de cette construction. C’est précisément à cet endroit que la femelle accroche le cocon. Les petits sortiront et resteront quelques jours durant lesquels la femelle protégera férocement sa progéniture de l’attaque des prédateurs… En voilà un comportement admirable !
Je vous nourris à la becquée... et je serai votre dessert !
Tout comme nous le faisons avec les jeunes enfants, certaines espèces d'araignées “donnent la becquée” à leurs petits. C’est notamment le cas chez de nombreuses espèces de Theridiidae, donc des cousines de la fameuse Veuve noire ! Chez Phylloneta sisyphia, espèce très fréquente de nos buissons et ronciers, la mère régurgite une bouillie nutritive prédigérée, puis partage des proies plus grosses lorsque les jeunes ont pris de l’âge. Et il a souvent été observé chez cette espèce que les femelles fatiguées se font manger par les petits ! Ce sacrifice ultime est appelé matriphagie. Ce comportement est fréquent aussi chez les amaurobes, locataires bien cachées de nos murs crevassés et arbres à écorces décollées.
Il existe chez les araignées une multitude d’autres comportements aussi incroyables que surprenants, aussi bien dans les soins maternels que dans les modes de chasse, les types de parades nuptiales… Nous vous invitons donc à ouvrir l'œil, et le bon, pour observer et s’émerveiller de ces petites bêtes qui nous entourent et qui jouent un rôle primordial dans l’équilibre de nos écosystèmes. Tous à vos loupes !
Article extrait du numéro de L'Erable consacré aux soins parentaux dans la nature (avril 2026)
Dernières actualités
Aidez-nous à sauver les oiseaux des Marais d’Harchies !