Exercice d’éthologie n°2

Michaël nous propose un nouvel exercice basé sur l’observation. Une vidéo, un quiz mais surtout : un apprentissage ! Bon amusement !

par Michaël Leyman, écopédagogue au Centre Marie-Victorin (CNB)

Après les mammifères, voici les oiseaux. Ces 3 séquences ont été filmées à Dourbes (commune de Viroinval) le 10 avril par Isabelle Pierdomenico (dont vous trouverez le carnet d’observations en cliquant ici). Le but est, comme pour le précédent exercice, d’aiguiser votre sens de l’observation et de la déduction.

Observez bien cette vidéo !

Vous avez terminé la vidéo ? Passons au quiz !

Conclusions

Vous n’avez pas eu un résultat plus élevé que lors du premier quiz ? C’est tout à fait normal. Cette vidéo se basait plus sur les connaissances générales que sur l’observation directe. Mais cette connaissance est un deuxième axe important lorsque l’on fait de l’éthologie (pour rappel, il s’agit de l’étude du comportement des espèces animales). De plus, il est toujours utile de comparer ce que l’on a vu sur le terrain avec ce que dit la littérature. Dans notre cas, et en cherchant un peu, on peut trouver les informations complémentaires suivants :

En lisant le chapitre dédié au troglodyte etissus des livres très riches en informations éthologiques de Paul Géroudet, on comprend qu’il était probable qu’il s’agissait de deux mâles. En effet, le troglodyte pratique la polygynie. Un mâle peut avoir plusieurs femelles (l’inverse s’appelle la polyandrie). De plus, il est assez sédentaire. Au printemps, il protège son territoire et attend qu’une femelle y passe pour lui présenter l’un de ses 3 à 12 nids. Qu’elle ait accepté ou pas, il va souvent continuer à chercher à attirer une autre éventuelle partenaire. À l’inverse, les femelles sont plutôt mobiles en hiver et au début du printemps. Il y a donc peu d’agressivité territoriale de la part de celles-ci. Mais comme il existe beaucoup d’exceptions à cela, nous devions éliminer les réponses 1 et 2. Il faut éviter les conclusions trop hâtives en éthologie !

Mais est-ce que les combats sont courants chez cette espèce ? Apparemment, non. Géroudet nous dit : « Le mâle chante donc dans son territoire, souvent en réponse aux strophes des voisins, et il le défend ainsi toute l’année (s’il est sédentaire), sauf en août et par les grands froids. Sa ritournelle suffit en général à prévenir les intrusions et les batailles sont rares. » (Géroudet P. &Cuisin M. 1998. Les Passereaux d’Europe – Tome 1. Delachaux & Niestlé, 405 p.).

Sur la question de ce qui a peut-être précédé de combat, c’est dans une étude scientifique que j’ai trouvé la réponse la plus complète (Bremond J.-C. 1967. Valeur spécifique de la syntaxe dans le signal de défense territoriale du troglodyte (Troglodytes troglodytes). Behaviour, 30(1):66-75.) :

La réaction de défense territoriale du troglodyte est constituée par un enchaînement de comportements taxiques (la taxie est un mouvement, déclenché par des agents externes, chez les organismes se déplaçant librement dans l’espace) et acoustiques. Elle peut s’arrêter à l’un des cinq stades suivants, qui correspondent à des réactions de plus en plus intenses. Avant le début de chaque expérience, l’oiseau est à au moins I5 m du haut-parleur.

  • 1. Reste au loin et émet quelques chants en réponse à ceux de l’émission, parfois alternes avec des cris en roulade.
  • 2. Taxie vers le haut-parleur, mais ne s’approche pas à moins de 10 m. Reste perché immobile, parfois quelques chants.
  • 2bis. Taxie vers le haut-parleur, se pose à proximité mais repart immédiatement à plus de 10 m et reste perché immobile ou retourne à son lieu d’origine. Parfois quelques chants.
  • 3. Taxie amenant l’oiseau entre 2 et 10 m du haut-parleur, change souvent de place (au moins 5 fois) en survolant le haut-parleur. Courtes pauses, perché immobile. Se déplace en sautillant de branche en branche. Chants.
  • 4. Taxie positive, amenant l’oiseau sur le haut-parleur ou à quelques dm et ne s’en éloignant pas de plus de 5 m. Très nombreux vols autour du haut-parleur. Ne reste jamais immobile. Chants.
  • 5. Analogue à réaction 4, mais postures de parade (ailes écartées, queue très relevée). Fait toujours face au haut-parleur et reste à sa proximité.

Parfois, la réaction atteint son niveau maximum au cours de la minute qui suit la fin de l’émission.

Dans la nature, les « semonces » des étapes 1-3 suffisent très souvent. De plus, une fois que deux voisins ont appris à se connaître et à reconnaître les limites de leur territoire, ils n’atteignent même plus l’étape 1.

Concluons par le fait que l’on peut ajouter à l’identification de l’espèce et à l’observation minutieuse du comportement sur le terrain, l’étape de la recherche dans la littérature.

Bonnes futures observations !
Michaël