Araignées du jardin (première partie)

Maintenant que vous avez réalisé votre superbe spirale aux plantes aromatiques, vous avez tout le loisir d’observer la vie qui s’y invite ! Parmi les nombreuses espèces présentes au potager : nos amis à huit pattes !

Voici un excellent article de Sébastien pour vous présenter certaines d’entre elles.

par Sébastien Renson, écopédagogue au Centre Marie-Victorin (CNB)

Araignées du jardin : Araignée-loup ou Pisaure admirable ?

Nous sommes nombreux à profiter du beau temps et de cette période de confinement pour préparer notre potager. C’est le moment des semis et des plantations ! Pommes de terre, oignons, carottes, radis… Les récoltes s’annoncent prometteuses !

Mais au détour d’une pierre une d’une touffe d’herbe, une multitude de petites bêtes grouille. Manger ou être mangé ! Mieux vaut bien choisir son camp…

Furtivement, une araignée passe, puis une seconde, une troisième… Une foule de ces petites bêtes à huit pattes arpente sans relâche la parcelle ensoleillée… mais dans quel but ? C’est ce que nous allons essayer de savoir.

Toile ou pas toile ?

Le naturaliste débutant pourrait dire « mais que font-elles en dehors de leur toile ? » Et là, consternation ! Ces araignées vagabondes ne font pas de toiles, en tout cas pour chasser. Elles sont qualifiées d’araignées errantes. Elles se servent de leurs huit yeux pour repérer leur casse croûte mais elles sont bien capables de tisser de la soie, et à des fins parfois inattendues, nous y reviendrons !

Mais qui sont-elles ?

Ces petites araignées errantes et furtives font soit partie des Lycosidae (Araignées-loup) ou des Pisauridae (Pisaure admirable). D’autres familles peuvent être rencontrées (araignées sauteuses, araignées crabes… elles seront abordées dans les prochains articles) mais en cette période les plus communes font partie de ces deux familles. Mais comment les distinguer 

Les Lycosidae

Description 

De cette grande famille (46 espèce en Belgique), on observe surtout les espèces du genre Pardosa dans nos jardins et potagers. Difficile d’aller jusqu’à l’espèce, car elles se ressemblent beaucoup. Qu’ont-elles de particulier ? Les Pardosa sont de taille modeste (max. 7mm sans les pattes mais plus souvent 4-5mm), assez trapues, des pattes bien épineuses (photo 1), et des yeux disposées comme suit (de face) : 4 petits yeux alignés surmontés de 2 grands, les deux autres en arrière (photo 2 et 3). De profil, la partie céphalique est souvent assez haute et redescend brusquement au niveau des yeux (photo 4). Les mâles présentent souvent des couleurs plus contrastées que chez les femelles (photos 4b et 4c). Certaines espèces ont une large bande claire sur le céphalothorax (partie avant du corps de l’araignée) (photo 5).

Du dance floor au transport de bébés-Tanguy

En cette période, les mâles sont à la recherche de femelle à courtiser. Après avoir repéré une partenaire, une danse frénétique est amorcée par le mâle : pattes en l’air, mouvements circulaires des palpes, rien n’est laissé au hasard pour avoir les faveurs de Madame. Une fois que cette dernière a accepté les avances de Monsieur, l’accouplement a lieu (voir prochainement « la vie amoureuse des araignées »), puis chacun s’en retourne à ses occupations. Quelques temps après, la femelle constitue un petit cocon qui contiendra les œufs (jusqu’à une centaine) et qui sera transporté au bout de l’abdomen (photo 6 et 6b). Selon l’espèce de Lycosidae, le cocon peut être blanc immaculé à vert ou bleu. Ce cocon est parfois assimilé à l’abdomen de l’individu ! Quelques semaines plus tard, les petits sortent (aidés par leur mère qui va déchirer la paroi du cocon) et s’installent tranquillement sur le dos de maman, Ce qui peut donner des images impressionnantes pour certains, ou représenter le comble de l’horreur pour d’autre (photo 7 et 8). Après quelques jours, les petits s’éparpillent au grès des déplacements de la mère, sans aucun sentiment… quelle ingratitude !

Des araignées volantes ?! Il ne manquait plus que ça !

Comme chez de nombreuses autres espèces, ces petites araignées fraîchement écloses et même les adultes vont se disperser… par la voie des airs ! Par quel subterfuge ? Et bien grâce à leur soie ! Elles vont monter sur les brindilles ou les petites branches des arbustes, se mettre face au vent et laisser dévider un fil de soie qui jouera le rôle de parachute ascensionnel. Des milliers de petites araignées prennent ainsi leur envol… pour le meilleur et pour le pire ! (photo ci-dessous)

Les Pisauridae

Description

C’est une petite famille (trois espèces en Belgique), surtout représentée par l’espèce la plus commune et la plus répandue : la pisaure admirable (Pisaura mirabilis).

Elle a un comportement semblable aux Lycosidae, mais préfère nettement évoluer dans les herbes un peu plus hautes. Une fois adulte, la pisaure admirable peut atteindre les 15mm (pour les grosses femelles), mais en ce début du mois d’avril, beaucoup d’individus ne dépassent pas les 7-8mm. Cette pisaure se démarque des araignées loups par plusieurs critères : des pattes relativement plus longues, un abdomen plus fuselé, (photo 10) une disposition des yeux semblable mais ils sont tous relativement petits (photo 11), une position caractéristique au repos (en forme de croix) et une fine ligne blanche sur le céphalothorax terminée par un petit toupet de poils blancs au dessus des yeux (photo 12 et 13). Une araignée punk en somme ! La coloration générale varie du gris uniforme au brun ligné de blanc ou de jaune, mais la fine ligne blanche reste le critère le plus facile à observer.

Donner c’est donner, reprendre… c’est risqué !

Il faut bien comprendre que, de manière générale, Madame araignée peut très vite transformer un Monsieur un peu maladroit ou imprudent en casse-croûte occasionnel. Il est donc primordial que les mâles mettent toutes leur chance de leur côté s’ils veulent faire perdurer leur patrimoine génétique dans une hypothétique descendance. Chez Monsieur Pisaure, c’est la technique du cadeau. Il attrape une petite proie qu’il emmaillote précautionneusement, puis part à la recherche d’une femelle (photo 14). Un fois la partenaire convoitée repérée, il lui colle littéralement dans les chélicères (pièces buccales) l’insecte et, en profitant que Madame est occupée à déguster ce présent bien venu, va vite faire son affaire sans risquer de se faire mordre.

Si l’affaire est rondement menée, il arrive que Monsieur essaye de reprendre le cadeau pour aller courtiser une autre femelle… Quel goujat ! C’est de la punk attitude ! De même, s’il ne trouve pas de femelle dans les 24h après avoir préparé son petit cadeau, il se l’offre à lui même ! On ne gaspille pas la nourriture…

Du ballon de foot à la pouponnière

Quelques temps après, la femelle va confectionner un cocon sphérique pour contenir les œufs. À la différence des femelles Lycoses, ce cocon est maintenu sous le céphalothorax (photo 15). Ainsi, pendant quelques semaines, Maman Pisaure se déplace haut sur patte (photo). Une fois que les petits semblent vouloir éclore, la femelle confectionne une toile pouponnière (photo 16), en rassemblant des herbes ou des feuilles en dôme étroit ou en cloche, sous laquelle elle attachera le cocon. Les petits vont rester quelques jours dans cette toile (Photo 17), mais toujours sous l’œil vigilant de la mère, qui bien souvent n’est pas bien loin.

J’espère qu’après avoir parcouru ces quelques lignes, vous jetterez un œil différent sur ces petites araignées totalement inoffensives pour nous mais tellement utiles !

Ce petit article sera suivi par de nombreux autres, où nous pourrons aborder d’autres familles au grès des saisons.

À vos loupes !