Nommer une plante ou l’identifier, voici un challenge vécu différemment selon l’angle d’approche : apprendre selon l’exemple d’un grand parent, d’un ami ou d’un naturaliste marque profondément par l’expérience directe sur le terrain et la mémoire émotionnelle est activée. A l’inverse, apprendre seul ou dans un contexte pédagogique et didactique offre, au-delà de l’expérience directe en nature, l’acquisition d’une démarche scientifique de clés dichotomiques tout en éveillant à l’observation de détails cruciaux.
La préservation et la conservation des espèces et des écosystèmes constituent des enjeux majeurs et urgents (Convention of Biological Diversity, 1996). A cet égard, l’identification reste essentielle pour la conservation et la restauration de la nature, y compris la prévention et la gestion des espèces exotiques envahissantes. Par exemple, le classement correct d’individus au sein de groupes distincts nommés « espèces » est crucial pour la conservation de la biodiversité car des actions ne peuvent être entreprises pour protéger des espèces rares ou menacées si elles ne sont pas reconnues. Nommer correctement une espèce permet aussi de se comprendre au niveau international.
Cependant, il manque de manière criante de personnes capables d’identifier correctement les espèces, tant au niveau national qu’international, et les applications de reconnaissance en ligne sont loin de compenser ce manque. L’importance de la systématique, fondamentale pour appréhender et comprendre les niveaux supérieurs d’organisation du vivant est totalement négligée depuis la seconde moitié du 20e siècle (Flannery, 2021).
Lutter contre la cécité botanique
Plus grave : la « cécité botanique », qui signifie l’incapacité à considérer les plantes comme faisant partie de l’environnement, est largement répandue dans nos sociétés. Les végétaux sont considérés au mieux comme un « écran vert », en « végétalisant » après travaux de construction par exemple. Le dérèglement climatique permet de (re)découvrir les utilités pour atténuer les îlots de chaleur ou freiner l’érosion des sols. Lors des canicules, les « espaces verts », la « végétalisation » des villes et des bâtiments sont envisagés. Mais ces aménagements sont réalisés par des architectes, des urbanistes ou des gestionnaires… qui n’ont jamais appris à identifier les espèces végétales.
Une langue universelle en mouvement
La classification et la nomenclature des végétaux sont modifiées au fur et à mesure des études et des analyses biochimiques, génétiques et morphologiques suivies, au niveau international, par l’Angiosperm Phylogeny Group (https://www.mobot.org). Depuis 1998, cette classification a redessiné profondément les délimitations des familles, des genres et des espèces, en intégrant à des considérations morphologiques traditionnelles des caractéristiques génétiques (séquences ADN, gènes chloroplastiques), chimiques (molécules caractéristiques) et écologiques (pathogènes et parasites, biotopes de prédilection). Ces profondes modifications rendent indispensable la rédaction de nouvelles clés d’identification pour les différents pays.
C’est la raison pour laquelle nous avons rédigé une troisième édition de la Flore écologique de Belgique ! La classification a été profondément modifiée pour certaines familles et certains genres. Ainsi, le genre Sorbus (Rosaceae) a été éclaté en genres ! Nous avons voulu également ajouter des espèces exotiques émergentes envahissantes ou cultivées plus abondamment. Certes, elles n’appartiennent pas stricto sensu à la flore de Belgique. Cependant, leur reconnaissance et leur distinction avec d’autres espèces, indigènes, s’avère nécessaire.
Pour découvrir un exemple de clef avec la famille des Rosaceae, télécharger le PDF ci-dessous.
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