Croquez une plante à fleurs – un angiosperme, voyons !

Isabelle nous partage une seconde leçon de dessin naturaliste. Après le croquis des objets naturels, ce nouvel exercice est consacré aux angiospermes (aux plantes à fleurs pour les intimes) !

par Isabelle Pierdomenico, écopédagogue au Centre Marie-Victorin (CNB)

Toujours dans le but d’aiguiser son regard et non de faire une œuvre d’art, l’exercice ci-dessous est une bonne façon d’étudier la botanique sur le terrain. En dessinant la plante, vous allez acquérir ou mieux intégrer non seulement des connaissances botaniques, mais sans doute aussi entomologiques.

Objectif de l’exercice : dessiner tout ce que d’habitude vous auriez écrit ou photographié, pour récolter un maximum d’observations sur la plante. Avec ces informations, vous devriez pouvoir la déterminer avec une flore.

Matériel : 

  • Loupe de botaniste ;
  • Papier format A5 minimum, idéalement A4 sur support rigide ; 
  • Crayon bien taillé ou porte-mine à mine maximum 0.5 ;
  • Un mousse de jardin

Avant de commencer à dessiner : 

  • Dégagez la plante jusqu’à sa base en préservant ses voisines ;
  • Installez-vous confortablement sur le mousse de jardin : vous devez pouvoir manipuler la plante tout en dessinant ;
  • Regardez, touchez, humez la plante de la base au sommet. 

Les étapes du dessin

  1. Tracez légèrement et schématiquement la forme de la tige, la disposition et la forme des feuilles, la disposition et la forme des inflorescences, à l’échelle si possible. Sur ces lignes de construction, accentuez quelques détails qui rendent compte de l’allure générale de la plante. N’oubliez pas la base : dans le cas présent, les feuilles basales sont longuement pétiolées et en forme de spatule, tandis que les caulinaires sont quasi sessiles ! 
  2. Dessinez une feuille, si possible à l’échelle : d’abord la nervure centrale, puis chaque bord du limbe, enfin les nervures. Ajoutez les détails nécessaires, par exemple les poils.
  3. Dessinez une fleur à l’échelle, avec quelques détails (agrandis si nécessaire). Pour les détails, il faudra sacrifier une fleur, afin d’examiner l’intérieur de la corolle. Disposez les différentes parties sur le papier. Tracez des lignes de construction (un axe de symétrie, le périmètre de la corolle) et accentuez les traits des détails. Concluez cette étape par la formule florale (cf. ci-dessous). 
  4. Dessinez les hôtes de la plante : dans le cas étudié ici, des pontes étaient au revers des feuilles. La forme, la couleur et la taille de l’œuf, la disposition de la ponte et sa position sur la plante sont déterminants. 
  5. Notez ou dessinez les voisines, qui vous permettront de cerner le groupe phytosociologique auquel appartient votre plante et d’avoir une idée du sol où elles s’épanouissent ensemble. 

La formule florale 

Pour « ma » plante, j’obtiens cette structure florale : 

…à lire comme suit : 

  • Symétrie radiaire
  • Calice à 5 sépales (il faut ajouter des parenthèses autour du chiffre 5, pour indiquer que les sépales sont soudés)
  • Corolle à 5 pétales
  • Androcée à 5 étamines longues + 5 étamines courtes
  • Gynécée absent (donc pied mâle donc espèce dioïque)

Pour aller plus loin, cf. Philippe MARTIN, 2014.- Les familles des plantes à fleurs d’Europe (disponible au Comptoir-Nature). 

Après avoir croqué la plante, dévorez votre flore !

A partir de la « flore bleue », 5e édition (les numéros sont ceux de la clé) : 

  1. Plante aux organes végétatifs verts
  2. Terrestre
  3. Herbacée à fleurs : spermatophyte
  4. Non résineuse, ovaire clos, fleurs : angiosperme
  5. Fleurs pentamères, nervation foliaire pennée : dicotylédone
  6. Calice + corolle
  7. A pétales libres : groupe F

  • 132. herbacée

  • 171. symétrie radiaire
  • 172. dioïque
  • 173. Sépales soudés ; pétales libres : famille des Caryophyllacées

Sépales soudés, 5 dents ; pétales à écailles

23. L’astérisque attire votre attention : comme la fleur ne comporte que des étamines, elle est donc mâle, il faut aller directement au genre Silene. Dioïque, pétales rouges (bof), calice long de 8 à 15 mm, c’est Silene dioïca ou compagnon rouge. 

Allez plus loin !

Partez à la recherche du Silene femelle !

Quant à la ponte 

28 petits cylindres lisses, vert clair, liserés de blanc sur l’arête du sommet, en quinconce serré formant un hexagone : c’est signé Palomena prasina, la punaise palomène verte. 

Vous verrez cette punaise adulte dans l’excellente Clé de détermination photographique des « punaises des bois » ou Pentatomoïdes de Belgique, disponible au Comptoir-Nature.

En attendant, vous pourrez lire Sensibilisation à l’étude des Hémiptères Hétéroptères par Jean-Michel Bérenger, 1991. Article téléchargeable via ce lien http://www7.inra.fr/opie-insectes/pdf/i82berenger.pdf

Quant au dessin botanique

Il est intéressant de comparer votre dessin à celui d’autres illustrateurs, comme Dominique Mansion dans la flore forestière française et les auteurs inconnus de l’atlas Rothmaler (ces deux ouvrages sont disponibles au Comptoir-Nature).

La série d’exercices du précédent cours de croquis « Croquez un objet naturel » peut aussi se pratiquer avec une plante. 

Quant au groupe phytosociologique

Consultez le Répertoire des groupes écologiques du fichier écologique des essences, édité par le DNF. Disponible en ligne sur https://www.fichierecologique.be/

Quant à la phénologie

Phénologie, étude de ce qui apparaît annuellement, au fil des saisons : migrations, mues, floraison, fructification… Pour vous engager dans la botanique participative : Le collectif scientifique de l’Observatoire des Saisons, 2017. – Les plantes au rythme des saisons. Guide d’observation phénologique. Biotope, Mèze, 336 p. 

A bientôt pour une prochaine séance de croquis et d’ici-là, croquez la vie à pleins crayons !